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Une iconographie entre héritage médiéval et renouveau

Horae Beatae Mariae Virginis, 1503, B00160. Bethsabée au bain
Horae Beatae Mariae Virginis, 1503, B00160. Bethsabée au bain © Archives départementales des Hauts-de-Seine

Outre le texte, le livre d'heures imprimé est aussi un ensemble d'illustrations. A la fin d'une édition d'Heures en 1533, la veuve de Kerver, Yolande Bonhomme, ajoutait ces quelques lignes significatives: "La peinture est l'écriture des laïcs : en effet, par elle ceux qui ne connaissent pas leurs lettres peuvent lire et comprendre le secret des choses". L'iconographie joue donc un rôle de premier plan.

Celle de notre ouvrage est fortement enracinée dans la tradition médiévale, tout en intégrant déjà quelques innovations apportées à la fin du 15e siècle. Dans les Heures imprimées, l'image est présente sous la forme de scènes en pleine page, de vignettes dans le texte, de bordures à motif végétal ou figuré. Elle est exécutée selon la technique de la gravure sur bois, comme l'attestent ici la marque des cassures et un certain manque de subtilité dans l'impression.

L'iconographie des Heures imprimées a puisé son inspiration dans le corpus médiéval des Heures manuscrites et enluminées, afin de rivaliser le plus possible avec elles ; le lecteur va donc retrouver certaines scènes incontournables. En effet, chaque grande section s'ouvre sur une image en pleine page appartenant à un registre attendu et familier au fidèle, tout comme les vignettes qui scandent le texte sont des représentations traditionnelles sans grande originalité. Notre livre  ne fait pas exception : la Passion s'ouvre sur le baiser de Judas et l'office de la Vierge par une Vierge à l'Enfant jaillissant d'un arbre de Jessé (Yolande Bonhomme utilise ce même bois en 1546, dans une Bible en latin, bibliothèque André-Desguine, cote B00112). Elément central des Heures, l'office de la Vierge est orné pour chaque heure d'une figure en pleine page : l'Annonciation à matines, la Visitation à laudes, etc. En prélude aux psaumes de la pénitence, les Heures imprimées utilisent à partir de 1488 le thème de Bethsabée au bain, observée par David (à qui l'on attribue ces psaumes). Cette scène, qui donne à voir toute la beauté du corps de Bethsabée, met sous les yeux du fidèle la séduction tentatrice et le péché de chair, auquel il ne doit pas succomber. Dans le même temps, elle le place en position de voyeur et donne au graveur le prétexte de suggérer une nudité sensuelle, un certain érotisme également présent à travers les créatures féminines qui peuplent les bordures, inimaginable dans l'art public. Le livre devient d'autant plus un objet intime que l'artiste choisit de s'y exprimer plus librement.

Notre exemplaire exploite aussi, comme il se doit, la grande nouveauté de la fin du 15e siècle, l'émergence du thème de l'Immaculée Conception. Ainsi, l'office de l'Immaculée s'ouvre sur une représentation de la Vierge des litanies, entourée de ses attributs bibliques (Porte du Ciel, Cité de Dieu, Fontaine des jardins, etc) qui va devenir une thématique traditionnelle de cette dévotion dans les livres d'heures.

La facture des scènes est encore très gothique. Elle correspond au deuxième temps de l'art de Kerver : après une période aux motifs dits archaïques, jusqu'en 1497-1498, s'ouvre, de 1500 à 1506, une période gothique où les sujets s'inscrivent désormais entre des colonnettes portant des arcatures gothiques. Enfin, à partir de 1510, Kerver adopte un style renaissant, symbolisé par des encadrements à l'antique. Le deuxième type de gravures dans les Heures de Kerver se distingue également par l'abondance dans les marges de figures grotesques, de scènes champêtres ou cynégétiques.

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