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… à la girafe

Hortus sanitatis, 1517, B01242
Hortus sanitatis, 1517, B01242 © Archives départementales des Hauts-de-Seine

En 1486, les Florentins ont la chance de pouvoir contempler une girafe, cadeau d'un sultan d'Egypte à Laurent de Médicis.  On sait qu'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI et régente de France durant la minorité de Charles VIII, eut la curieuse idée d'écrire en 1489 une lettre à Laurent pour solliciter l'envoi de l'animal en France ; le Médicis fit la sourde oreille. La girafe florentine est peinte au plafond de la salle dite de Laurent le Magnifique du Palazzo Vecchio de Florence. Elle est réputée être la dernière girafe vivante visible en Europe (à l'exclusion de Constantinople) jusqu'au XIXe siècle.
Une trentaine d'années plus tard, une girafe est représentée dans un Hortus sanitatis de 1517 (cote B01242), qui contient 400 gravures d'animaux, familiers ou fantastiques. Comme dans les traités médiévaux, les animaux y sont regroupés selon leur milieu de vie : ceux qui vivent sur la terre, qui volent, qui nagent ; puis par ordre alphabétique à l'intérieur de chaque groupe. Le texte de l'article qui accompagne l'illustration cite comme références Isidore de Séville, qui décrit le camelopardus avec : les taches blanches du léopard, le cou du cheval, les pieds de la vache et la tête du chameau (représenté sur la même page), ainsi que Pline selon qui on vit une girafe pour la première fois à Rome lors de jeux en l'honneur de César. La gravure est censée  représenter ce camelopardus, sans vraiment le doter d'un pelage tacheté.

Plus avant dans le XVIe siècle, nous retrouvons notre héroïne dans l'ouvrage de Pierre Belon, Les Observations de plusieurs singularitez, imprimé à Paris, en 1553. Grand voyageur (bien qu'il ne soit pas allé en Afrique), Belon consacre un chapitre intitulé "de la girafe que les arabes nomment Zurnapa et les Grecs et les Latins Camelopardalis". On constate l'utilisation du mot "girafe", du reste indifféremment orthographié avec un ou deux ff (il convient de noter que Belon a substitué le français au latin comme langue scientifique, dans la droite ligne de l'Ordonnance de Villers-Cotterêts promulguée en 1539). On peut à ce propos remarquer que les auteurs arabes, tout en reprenant la description "patchwork" des grecs (un géographe arabe du XIe siècle en fait même une véritable épitomé du genre animal : la taille d'un chameau, la tête d'un cerf, la peau d'une panthère, les sabots d'une vache et la queue d'un oiseau) ont désigné l'animal sous le nom de zaraffa, zarâfah "charmante" en arabe (curieusement transcrit par Belon), donnée comme étymologiquement à l'origine du substantif italien giraffa, d'où girafe.

Au début du XVIIIe siècle, dans le Dictionnaire universel français et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trevoux, synthèse des travaux lexicographiques français qui paraît à partir de 1704, on peut lire : "Giraffe.   Animal farouche dont plusieurs auteurs font mention, mais que personne n'a vu" ; sa localisation géographique, sa description physique, voire l'étymologie de son nom sont des plus fantaisistes ; l'article précise " Quelques-uns croyent que c'est ce que les Grecs ont appelé καμηλοπαρδαλις  […]. Mais la plupart des curieux croyent que c'est un animal chimérique".

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