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Le mouvement moderne



Matériaux nouveaux et créativité architecturale


Les constructions résidentielles réalisées à Colombes entre 1880 et 1950 reflètent l’histoire de l’architecture de la banlieue du point de vue des styles mais aussi du point de vue des techniques constructives et des choix de matériaux.

Diversité des matériaux
Dans les années 1860, les travaux d’Haussmann à Paris ont contribué à augmenter le prix de la pierre de taille. Alors que le développement urbain de la capitale gagne la banlieue surtout à partir des années 1880, les entrepreneurs et les architectes proposent de nouveaux matériaux de construction.
L’emploi du moellon ou encore de la pierre de meulière devient courant pour la réalisation des maisons. Ces deux matériaux se marient à la brique qui fait une entrée remarquée dans la construction de logement. Matériau initialement destiné aux bâtiments utilitaires et secondaires des communs, des écuries puis des usines, la brique va gagner en respectabilité grâce aux nouvelles possibilités qu’elle offre. Le plus souvent enduite, notamment dans les villas de style Mansart, la brique se prête progressivement à différentes interprétations .
Les briqueteries se multiplient autour de Paris et en province. Les nouveaux procédés industriels permettent de répondre au marché, sur le plan quantitatif, compte tenu de l’envolée de la demande en matériaux, et sur le plan qualitatif, au regard des besoins suscités par le renouvellement des formules architecturales.

Savante polychromie et jeux d’appareillage
Des briques blondes, brunes, ou rouges ont été teintées dans la masse, quand d’autres sont peintes ou vernissées aux couleurs variées.
Cette diversité des matériaux permet le développement d’une savante polychromie dans l’élaboration des façades. Elle se prête à la réalisation de frises, d’encadrement de fenêtres ornementées, de retour d’angle entre deux façades  imitant les chaînages de pierre de l’architecture néo-Louis XIII. Elle permet aussi des jeux décoratifs sur l’ensemble des pans de murs  par des décors polychromes.
La diversité s’épanouit  aussi dans les différents appareillages qui produisent des effets de relief et de lumière. Dans certains cas des pans de mur de brique peuvent être entièrement peints.

Colombes offre cette variété de jeux de couleurs et de textures dans l’architecture résidentielle. Des rouges flamboyants sont visibles au 130 rue Hoche, au 31 avenue Anatole France, au 9 rue Bosman ou le 10 rue Pierre Virol.
Le numéro 2 de l’avenue Virginie  offre un bel exemple du chatoiement de la brique peinte et du jeu de la polychromie tandis que le numéro 17 de la rue Berthe jouee des possibilités qu’offrent les briques polychromes. L’encadrement de fenêtres, les retours d’angle et le pignon en gradin s’appuient sur le contraste entre la brique rouge et la brique blonde.
Aux 66 et 68 rue des Cerisiers, à partir d’une même forme de villégiature, l’utilisation de matériaux différents, d’un côté la brique et de l’autre la meulière,  permet de multiplier les combinaisons esthétiques.
Enfin, les immeubles du 17 rue Joseph Pêne et du 8 rue Labouret, présentent des motifs ajourés tels des broderies qui courent sur les façades.

Le travail soigné des ouvertures
Les fenêtres et les portes bénéficient d’un travail soigné ; leur encadrement est particulièrement travaillé. Les registres de formes convoquent souvent différents types d’arcs : arc en plein cintre, arc surbaissé, arc angulaire…

La céramique  architecturale
Il ne serait pas possible d’évoquer l’architecture de la banlieue de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle sans évoquer les céramiques décoratives. Appliquées la plupart du temps en frise ou au-dessus des linteaux, elles personnalisent chaque maison. Les éléments les plus courants sont les carreaux de faïences décoratives. Certains dispositifs sont plus rares, comme ces mosaïques et ces métopes en grès aux motifs reliefés.

Les faïences peintes
Leurs motifs puisent principalement dans deux registres : les références stylisées des décorations historicistes -avec rinceaux, vases et volutes- et les manifestations de l’art nouveau à travers la prolifération des motifs floraux. Le quartier des Vallées est particulièrement riche en ornements de ce type.
À l’entrée de l’avenue Virginie, une maison présente un motif de rinceaux. Sur l’avenue Eugénie, le numéro 13 déploie des bandeaux montrant des  monstres marins, dérivés de  dauphins et le numéro 28 se pare de rinceaux stylisés. Rue des Lilas, la maison du numéro 27 s'orne à l’étage d'une frise constituée de palmettes.
Le registre floral, très présent dans la céramique architecturale de Colombes, se répand au début du XXe siècle à travers l’art nouveau. Les façades des villégiatures 1900 se parent ainsi de fleurs qui développent un vaste répertoire formel :  des inclusions céramiques aux couleurs éclatantes révèlent des chardons turquoise sur un fond jaune vif, 50 rue des Gros Grès et au 54 rue des Champarons, des genêts sur fond vert pâle visibles au 19 rue Pierre Virol ou de généreux pavots au 3 bis avenue des Monts-clairs.
Soulignons le travail du céramiste Eugène Dolis au 6 rue Marcel Bourguignon et au 52 rue des Cerisiers, où la sinuosité d’une branche de glycine entourée d’arabesques envahit l’allège des fenêtres.

Éléments décoratifs en grès et mosaïques

La céramique architecturale se compose d’autres registres, moins fréquents que les faïences peintes mais plus spectaculaires.
Parmi les œuvres en grès les plus remarquables, on notera les « clefs » ornées de guirlandes de fleurs présentes en haut de la façade de l’immeuble du 64 rue Saint-Denis.
Les décors en mosaïques, moins fréquents, complètent  les formules décoratives. Au 130 rue Hoche, des panneaux aux motifs de rinceaux et de palmettes sur fond or occupent le dessus des linteaux de fenêtres. Au 12 avenue Ménelotte, des feuilles de marronniers, sur fond or également, entourent la baie.
Dans un registre plus contemporain se situent les marguerites qui ornent la façade du 24 boulevard Quinet et la coupe de fleurs posée au-dessus de l’entrée du 49 rue Pierre Geoffroix.
Enfin, au 42 rue Colbert, un immeuble est orné d’une mosaïque d’un genre nouveau. Cette dernière est composée d’éléments en grès préfabriqués à motifs de feuilles et de pétales. Ces éléments sont appliqués directement dans une couche de ciment apparent pour former des compositions florales autour de la porte du rez-de-chaussée et des fenêtres du premier étage.


Les arts décoratifs et les débuts du mouvement moderne


Le style Art déco

L’esthétique nouvelle appelée, à partir de 1910, « Art déco », résulte aussi bien de la rationalisation des techniques que du souci géométrique qui aura eu raison de l’Art nouveau.
Le style Art déco rationalise, géométrise et épure les formes architecturales et décoratives, tout en offrant une grande variété de registres. Les arts décoratifs jouent un rôle essentiel dans cette évolution. Les Français entendent rivaliser avec les Allemands et la Sécession viennoise pour assurer l’émergence d’un nouvel art moderne et national.
Les nouvelles tendances architecturales qui en découlent déploient des rotondes et des bow-windows aux profils et aux surfaces impeccables. Concernant les immeubles, la  façade géométrisée est animée de modénatures et de balcons. Sur de nombreux édifices l’élément clé est un jeu de bow-windows courants  du premier au dernier étage.
Sur les bâtiments aux formes simplifiées, on voit l’apparition des toitures-terrasses dotées de murs acrotères parfois stylisés par des frontons.
Le style Art déco admet des parements de façade, en brique, en carreaux de faïences ou en mosaïque.  Ces parements couvrent une partie ou la totalité du bâtiment, créant un contraste avec les parties enduites.
Le style Art déco est bien représenté à Colombes et concède leur place aux ornements contrairement à d’autres mouvements modernes. L’ornementation est géométrique, sans négliger des formes de sophistications. C’est le cas des ferronneries des balcons et parfois des entablements des façades  constitués de motifs sculptés ou de mosaïques.
Ces évolutions stylistiques accompagnent les mutations conjointes de la société, des moyens et des techniques de construction. Le développement de l’industrie engendre l’urbanisation de la société, en particulier en région parisienne. L’arrivée en nombre de populations d’origine rurale et étrangère venues y travailler entraîne un besoin exponentiel de logements.

La naissance du mouvement moderne, fruit du rationalisme
Après l’exubérance de l’éclectisme prolongée par l’Art nouveau, la naissance du mouvement moderne, juste après la Première Guerre mondiale représente un changement majeur dans l’architecture. Ce style prône rationalité et pureté des lignes géométriques, en refusant tout motif pour ne retenir que l’expression de la forme et de la fonction. Il produit des bâtiments aux formes géométriques très pures, le plus souvent cubiques grâce aux toitures terrasses. Ces constructions sont réalisées grâce à des procédés et des matériaux nouveaux, au premier rang desquels on trouve le béton armé.

De nouveaux procédés constructifs : ciment et béton armé
Le ciment armé est mis au point au milieu du XIXe siècle. Joseph Louis Lambot crée deux barques en ciment armé en 1848. Puis  Joseph Monier,  jardinier au Louvre et détenteur d’une petite entreprise qui réalise des aménagements de jardin, dépose un brevet en 1867 pour un bac à fleurs constitué d’une caisse en ciment armé. C’est la mode du rocaillage qui consiste à construire des structures imitant le bois en projetant et façonnant du ciment sur des grillages en fer en vue de réaliser des bancs, des rambardes et des abris de jardin. Joseph Monier aurait  inventé le ciment armé de barres de fer pour réaliser des caisses à fleurs, des terrasses, puis  des bassins, des réservoirs, et enfin un pont de jardin en 1875, au château de Chazelet. Il dépose une demande de brevet en Autriche en 1879 et en Allemagne en 1881. En 1880, il concède les droits d’exploitation de ses brevets en Belgique et en Hollande. Dans le même temps, les « rocailleurs » comme l’entreprise Tricotel développent des abris de jardins puis des maisons en faux pan de bois rustique en ciment.

Le béton armé fait son apparition à la fin du XIXe siècle, notamment grâce à Thaddeus Hyatt qui travaille aux États-Unis et en Angleterre, et  à François Hennebique qui dépose un brevet en 1892, en France. Par un jugement du 14 décembre 1906, la justice prononcera l’antériorité des brevets de Joseph Monier ce qui fait tomber le brevet  de François Hennebique.

Grâce à ces  inventeurs, le ciment connaît un grand essor. Ses propriétés techniques vont servir  le style Art déco puis le mouvement moderne. Le ciment est employé d’abord comme mortier et comme enduit sur des constructions en brique puis on l’exploite pour l’étanchéité des toitures terrasses. Le développement du béton armé va contribuer à orienter l’architecture moderne, notamment en ce qui concerne l’habitat collectif.


Dans Colombes, des maisons particulières comme des ensembles collectifs illustrent le rôle du style Art déco et du mouvement moderne dans la construction résidentielle de la première moitié du XXe siècle :

 - au 17 rue de la concorde, petit immeuble de style Art déco construit en béton par Gérard Tissoire dans le second quart du XXe siècle.
 - au 3 rue de l’Union, un hôtel particulier de style Art déco présente une référence au style Art nouveau dans la baie en demi-cercle du second étage.
- au 4 rue Henri Martin, une maison à rotonde construite en brique et enduite de ciment illustre le style Art déco. Le plan de la maison est inspiré de la forme d’un avion, une rotonde à l’avant et une à l’arrière placées symétriquement font office d’ailes.
- au 100 rue Hoche, une maison construite vers 1935 par l’architecte Albert Feuillastre et les entrepreneurs Barazzoni et Sassi, illustre bien les principes constructifs de l’art moderne du fait de sa forme très cubique animée par une large baie vitrée.
- aux 58 et 58 bis rue Guerlain, on peut observer deux maisons jumelles de style Art déco avec des éléments architecturaux d’inspiration grecque.
- au 26 boulevard des Oiseaux se trouve une maison qui hésite entre Art déco et mouvement moderne. Le premier étage, en retrait, décrit un arrondi d’influence Art déco. Il est intégré  à une maison de forme globalement cubique.
- aux 32 et au 39 rue de Écoles, deux constructions illustrent la manière dont l’influence de l’Art déco  s’est poursuivie jusque dans les années 50. Le 39 est une maison double dotée de deux entrées avec une grille caractéristique des années 50. Le 32 est également constitué de plusieurs logements, il associe une architecture Art déco reconnaissable à ses hublots et à son premier étage partiellement en retrait, à un parement en meulière assez atypique pour ce type de construction.

Quelques ensembles collectifs remarquables :
- aux 14 et 16 rue de l’Indépendance, un petit immeuble à cour ouverte sur la rue construit vers 1934 est doté à l'arrière d’une remise automobile recouverte de ciment. Les hublots et les angles en arrondi sont caractéristiques des formes Art déco.
- aux 80 et 82 rue Félix Faure un immeuble construit en brique et couvert partiellement d’enduit affiche une hauteur imposante du fait de ses sept étages. Il présente deux pignons à gradins dans le prolongement des oriels (bow-windows latéraux). Les étages sont en retrait par rapport au rez-de-chaussée, permettant le déploiement d’une terrasse au premier niveau, placée au-dessus des boutiques.
- au 33 rue des Cerisiers, un immeuble HBM construit en 1934-35. Sur le plan architectural, l’immeuble constitue sans doute la plus grande réussite de l’habitat social dans la ville. Les architectes Tréant-Mathé se sont inspirés ici du style international (Bauhaus) issu du mouvement moderne et du style Art-déco. La brique de couleur vive est utilisée de manière très soignée comme en témoignent les nombreux éléments décoratifs qui animent l’ensemble des façades. Chaînes, cordons et bossages illustrent ici la richesse stylistique de la brique. Au rez-de-chaussée de la façade sur rue, les baies en plein cintre et les colonnes adossées surmontées de boules complètent le caractère monumental du porche d’entrée.

- du 1 au 50 avenue Jean Jaurès, le lotissement concerté, dit groupe HBM Jean Jaurès réalisé en 1924 par la société d’habitation à bon marché le foyer du progrès et de l’avenir, constitué de 327 appartements et 22 maisons. Il s’agit de bâtiments en brique et à toiture de tuiles. Le style n’est ni Art-déco, ni moderne mais ce programme illustre les théories hygiénistes de l’époque et les logiques fonctionnalistes qui conduiront  la production de logement entre les années 20 et les années 60.

- aux 104 -106 rue du Maréchal Joffre et 2 avenue Florentine se situe un programme immobilier de sept étages réalisé en 1931 et 1932 par les  architectes G. Du Bois et P. Tarbe de Saint Ardouin, en brique et béton avec ciment en couverture. Un  décor à motif de masque égyptien est présent au niveau du couronnement de la construction (il est perceptible depuis le trottoir d’en face). L’ensemble est déjà fortement teinté du mouvement moderne par le traitement lisse des balconnières et du parement de brique et s’éloigne de l’Art déco. L’implantation de ces bâtiments, à la fois en bordure et en retrait de la rue, s’affranchit de l’alignement traditionnel sur la voie.

- aux 6 rue Paul Bert et 7 villa Kreisser, se trouve un ensemble d’édifices au style Art déco marqué : le groupe d’habitations à bon marché Paul Bert-villa Kreisser réalisé en béton par Dorel Germain en 1932-1933 pour le foyer du progrès et de l’avenir. L’ensemble est constitué de trois immeubles de sept étages avec deux cours intérieures séparatives. Le parement des façades s’appuie sur une polychromie de carreaux cassés. Le style des bâtiments est sous l’influence du design des paquebots;  la présence d’oriels  dépourvus de baie aux deux derniers étages, hormis un hublot, fait ainsi penser à des cheminées de paquebot. Les balcons sont traités de différentes façons, en plein lisse, en plein rainuré ou doté de ferronneries Art déco.


2, avenue Virginie : chatoiement de la brique peinte et du jeu de polychromie
2, avenue Virginie : chatoiement de la brique peinte et du jeu de polychromie © CD92 photo E. Juguet
66 et 68 rue des cerisiers : une même forme, des combinaisons esthétiques différentes
66 et 68 rue des cerisiers : une même forme, des combinaisons esthétiques différentes © CD92 photo E. Juguet
8, rue Labouret : détail des motifs ajourés
8, rue Labouret : détail des motifs ajourés © CD92 photo Willy Labre
6, avenue Virginie : détail des faïences peintes
6, avenue Virginie : détail des faïences peintes © CD92 photo E. Juguet
54 et 52bis rue des Champarons : couleurs éclatantes des chardons turquoise sur fond jaune vif
54 et 52bis rue des Champarons : couleurs éclatantes des chardons turquoise sur fond jaune vif © CD92 photo E. Juguet
54 et 52bis rue des Champarons : détail
54 et 52bis rue des Champarons : détail © CD92 photo E. Juguet
19, rue Pierre Virol : céramiques à décor de genêts sur fond vert pâle
19, rue Pierre Virol : céramiques à décor de genêts sur fond vert pâle © CD92 photo E. Juguet
3bis avenue des Monts-clairs : détail des faïences
3bis avenue des Monts-clairs : détail des faïences © CD92 photo E. Juguet
12, avenue Ménelotte : détail des mosaïques à fond or
12, avenue Ménelotte : détail des mosaïques à fond or © CD92 photo E. Juguet
42, rue Colbert : détail des mosaïques en grès de l'étage
42, rue Colbert : détail des mosaïques en grès de l'étage © CD92 photo E. Juguet
42, rue Colbert : détail du décor floral autour de la porte d'entrée
42, rue Colbert : détail du décor floral autour de la porte d'entrée © CD92 photo E. Juguet
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